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Etape 12 : Genève - Belfort

335 km. 21 juillet 1913

- 300 km pour rien
Un éboulement de roches dans le col de la Faucille anime quelque peu l’étape. Les "Tours de France" doivent marcher, machine sur l’épaule puis changer d’itinéraire avant de traverser Morez (km 64) à 5h41’, avec un peu de retard sur l’horaire fixé. Au pied du Ballon d’Alsace, au Thillot, après plus de 300 km de course, ils sont encore 12, tous très frais, à se jouer la victoire.

-  Buysse, encore le plus fort
Laissons ici Roger Bastide nous conter l’ascension dans son livre : "Petit-Breton : la belle époque du cyclisme" : " Marcel Buysse (5ème du général) a fait un sacré numéro dans la montée du Ballon d’Alsace. Il démarre dès les premières pentes et prend une centaine de mètres d’avance. Il s’arrête alors pour changer de démultiplication en retournant sa roue arrière. Avec des gestes plein d’emphase afin que l’on comprenne bien qu’il a tout son temps pour cette opération. Il repart et remontre l’un après l’autre, dans son style de bourreau de pédales, tous les adversaires qui l’avaient dépassé pendant son arrêt. Il arrive enfin à hauteur du coureur au commandement, Petit-Breton. Il le jauge insolemment du regard, comme le ferait un maquignon du malheureux veau dont il négocierait le prix. A 400 mètres du sommet, il se penche de nouveau sur son guidon, se dresse sur ses pédales et place un ultime démarrage qui laisse Petit-Breton sans réaction. Avant de plonger dans la descente, Buysse se retourne pour lui adresser de la main un geste d’adieu plein d’ironie, ponctué d’un formidable éclat de rire."
Faisons une pause dans ce récit de manière à dresser un bilan au sommet : Buysse a grimpé en 31’35’’. Lambot est pointé en 2ème position à 50’’, Petit-Breton à 1’55’’, le leader de l’épreuve Thys à 2’36’’, Garrigou (2ème du général) à 3’52’’. Quelques kilomètres plus loin, à l’arrivée à Belfort, le Flamand remporte sa 4ème étape sur ce Tour tandis que Thys, Petit-Breton et Lambot arrivent ensemble 1’20’’ plus tard.

- Petit-Breton juge Buysse
L’épisode narré par R. Bastide n’a pas laissé Lucien Petit-Breton de marbre. C’est, en tout cas, ce que prétend l’écrivain dans le livre précédemment cité : "Buysse a "charrié" Petit-Breton de belle façon, ne manquaient pas de souligner quelques persifleurs. "Il l’a ridiculisé, c’était bien son tour et cela lui rabattra un peu le caquet". Propos charitablement rapportés, on s’en doute, à l’intéressé. Qui est resté d’un calme impérial : Marcel Buysse m’a bluffé, c’est de bonne guerre, a reconnu Lucien, je l’ai fait moi même assez souvent pour ne pas en être fâché. Je pense tout de même qu’il existe une différence entre nous, mon attitude en course s’inspire toujours d’un plan tactique bien établi. Si je fais mine de de me moquer d’un adversaire - que je respecte en réalité -, si je le provoque verbalement, c’est pour jeter le trouble dans son esprit, pour le faire se départir de son sang-froid, l’inciter à sa découvrir et à commettre une faute. Chez Marcel Buysse, c’est différent. Il se sent très fort et il éprouve tout simplement une naïve fierté à extérioriser cette force. Sur le plat, dans les côtes, au sprint, il veut toujours prouver sa supériorité. C’est un athlète extraordinairement doué, le meilleur du lot sans aucun doute, mais qui ignore superbement toute tactique. Sa méthode consiste à pousser sans cesse, à pousser toujours. A-t-il une crevaison de pneumatique ? Il se hâte de réparer et, au lieu de doser son effort, il cherche à rejoindre le plus vite possible le peloton de tête. Il y réussit presque chaque fois, mais s’épuise alors qu’il aurait dû se réserver. Il accomplit sans cesse des tours de force, mais un coureur a toujours tort de de se fatiguer lorsqu’il peut l’éviter".

- Classement de l’étape

Place Coureur Temps / Ecart
1 Marcel Buysse (Bel) en 12h31’2’’
2 Lucien Petit-Breton (Fra) à 1’18’’
3 Firmin Lambot (Bel) à 1’22’’
4 Philippe Thys (Bel) à 1’23’’
5 Emile Engel (Fra) à 3’3’’
6 Gustave Garrigou (Fra) à 5’10’’
7 Alfons Spiessens (Bel) m.t.
8 Camillo Bertarelli (Ita) à 5’16’’
9 Eugène Christophe (Fra) à 5’17’’
10 Louis Trousselier (Fra) à 12’9’’

-  Classement général

Place Coureur Temps / Ecart
1 Philippe Thys (Bel) en 158h38’5’’
2 Gustave Garrigou (Fra) en 159h50’59’’
3 Lucien Petit-Breton (Fra) en 159h56’9’’
4 Firmin Lambot (Bel) en 161h56’46’’
5 Marcel Buysse (Bel) en 162h49’30’’
6 François Faber (Lux) en 166h8’50’’
7 Alfons Spiessens (Bel) en 166h42’9’’
8 Emile Engel (Fra) en 169h18’42’’
9 Camillo Bertarelli (Ita) en 169h53’32’’
10 Eugène Christophe (Fra) en 171h25’49’’
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