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Etape 15 : Le Havre - Paris

317 km. 30 juillet 1911

-  Quelques péripéties pour débuter
Le départ est donné à 5 heures du matin. La première crevaison intervient après 20 km de course. Cruchon en est la victime avant que plusieurs autres de ses collègues ne subissent la même peine. "Aucun clou, pourtant, n’en est la cause. Ce sont de vilains silex qui opèrent aussi sournoisement" (A. Steinès "L’Auto").
Une dizaine de kilomètres avant Etretat, des affiches emmènent coureurs et officiels dans une fausse direction. Les voici tous au bord de la Manche ! Il faut faire demi-tour. Pour le plus grand plaisir de Georget, Cruchon et Deman qui récupèrent ainsi le peloton sans effort après avoir crevé.

- Godivier en excellente condition en cette fin de Tour
L’étape connait son premier temps fort au ravitaillement de Fécamp lors duquel Georget, Godivier et Duboc, 3 équipiers de La Française, s’éclipsent. Ces 3 hommes accentuent leur avance dans "la grande montée de Notre-Dame-du-Salut qui suit immédiatement la ville" (A. Steinès "L’Auto"). Derrière, Garrigou, Dupont, Maitron, Crupelandt, Léonard et Ménager leur donnent la chasse mais les 3 derniers cités crèvent. C’en est fini pour eux.
Devant, 6 km avant Dieppe, Georget perce une première fois avant de connaitre d’autres déboires. Le vainqueur du Galibier (3ème du général) terminera 11ème de cette étape. Quant à Duboc, c’est à la sortie de Mantes, vers 2 heures de l’après-midi, qu’il connait le même sort que la plupart des coureurs aujourd’hui : la funeste crevaison. Marcel Godivier (6ème du général) s’envole vers le Parc des Princes où il remporte sa 2ème étape, la première ayant été gagnée à Brest, il y a moins d’une semaine. Pas de doute, il est encore frais, le banlieusard parisien (1887-1963) qui ne retrouvera plus jamais une telle forme.

- Garrigou, la science de la course
Gustave Garrigou "a encore couru plus avec la tête qu’avec les jambes", a parfaitement résumé Charles Ravaud dans le journal "L’Auto". "L’Elégant" a en effet rapidement lâché Dupont et Maitron, ses compagnons de route depuis Fécamp. Il a ensuite géré son effort pour se classer 3ème à 29’ de Godivier. Dans la "Vie au Grand Air", l’Aveyronnais de Pantin nous livre la clé de sa réussite : "Je préférais me maintenir toujours en bonne posture plutôt que de risquer la victoire définitive par des imprudences. Lorsqu’on emballe à l’arrivée, dans des villes où la foule se rue à votre rencontre, où le contrôle est établi devant des rails des tramways, il faut faire bien attention ; ne pas se lancer à la légère. Mieux vaut perdre quelques points que de subir la chute qui pourrait entrainer la mise hors de course. C’est ce que je fis. Je ne m’amusais jamais à perdre des places de gaieté de cœur, mais lorsque je me rendais compte qu’il était plus prudent de ne pas insister, j’écoutais aussitôt la voix de la raison, à regret peut-être, mais je l’écoutais".
A 27 ans, Garrigou s’offre, quelques mois après Milan - San Rémo, la victoire dans le Tour de France. 2ème en 1907 et 1909, 1911 restera sa plus belle année mais nous le retrouverons, éternel métronome, 3ème de cette Grande Boucle en 1912, 2ème en 1913, 5ème en 1914.

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Gustave Garrigou (1884-1963) à son arrivée à Paris.

-  Les isolés
Peut-être regrettez-vous que nous n’évoquions ici que très rarement les "isolés", ceux qui ne bénéficient du soutien d’aucune équipe, d’aucune structure pour les aider pendant ces longues semaines de course ? Tandis que les As sont emmenés en voiture au massage ou à l’hôtel, l’ isolé reprend son vélo pour trouver un gite bon marché. Il s’occupe de sa bicyclette, la répare, la nettoie, déniche en ville une pièce de rechange, tout cela avec les 5 francs que lui accorde chaque jour le journal "L’Auto". Au contrôle, les pros ne prennent pas toute la nourriture qui leur est proposée. Les isolés en profitent pour récupérer tout ce qui traine. Quant à Jules Deloffre (15ème du général, 2ème de cette catégorie, derrière Paul Deman, futur vainqueur du Tour des Flandres en 1913), le Catésien préfère, à chaque fin d’étape, effectuer en public un saut périlleux arrière (un "cul-tourniau") avant de faire la quête, casquette à la main, tout en chantant "Le P’tit Quinquin" ou une autre rengaine à la mode.

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Le Tour de France permet à Jules Deloffre de promouvoir son commerce de cycles au Cateau-Cambrésis.
Deloffre sera renversé par une voiture en 1963 en revenant à vélo du Critérium International de Cambrai. Il avait 78 ans.

- Classement de l’étape

Place Coureur Temps / Ecart
1 Marcel Godivier (Fra) en 10h49’
2 Paul Duboc (Fra) à 2’
3 Gustave Garrigou (Fra) à 29’
4 Charles Cruchon (Fra) à 30’
5 Jules Deloffre (Fra) à 31’
6 Albert Dupont (Bel) à 36’
7 Henri Cornet (Fra) à 39’
8 Charles Crupelandt (Fra) à 40’
9 Ernest Paul (Fra) à 40’30’’
10 Henri Devroye (Bel) à 47’
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