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Etape 13 : Brest - Caen

415 km. 6 août 1908

-  Heurs et malheurs de Petit-Breton
E. Wattelier, Petit-Breton, Gerbi et Soulié se sont enfuis dans la nuit noire pour signer à Morlaix (km 62) avec 10’ d’avance sur Faber, Passerieu, Garrigou et Fleury ! La bataille fait rage dès les premiers kilomètres d’une étape qui en compte 415 !
Et Petit-Breton, leader de l’épreuve, semble particulièrement en forme. Mais, aujourd’hui, le sort ne lui est pas favorable. Lisez plutôt : «  Un « civil » à bicyclette, un imbécile - puisqu’il faut l’appeler par son nom – baissant la tête pour avoir l’air d’un coureur, s’amusait à nous suivre et cherchait à nous passer, histoire de s’en glorifier vis-à-vis des indigènes de son village. Ce jeu ne m’a jamais beaucoup amusé, sur route plus encore que dans la vie privée, rien n’est plus dangereux que la compagnie de cette sorte d’individu. Tout à coup, étant plus apte à conduire un tombereau qu’une bicyclette, ce charmant jeune homme fait une embardée et entre dans ma roue avant. Je tombe sur la tête et, par une chance inouïe, je n’ai que quelques écorchures : ce que c’est que d’avoir le crâne durci par les intempéries du Tour de France ! Heureusement, dans ces cas-là, on n’a pas de révolver sur soi, sans quoi je vous garantis qu’on éprouverait une réelle volupté à devenir assassin. Songez donc que j’étais dans le peloton de tête et que, par la faute d’un inconscient, je me vois relégué loin derrière mes camarades ; que j’ai des blessures, bénignes, il est vrai, mais qui auraient pu me mettre hors course ; que je dois, enfin, perdre encore de précieuses minutes à réparer ma machine endommagée » (« Petit-Breton » R. Bastide).

-  Une étape extrêmement pénible
Sans son chef de file, le groupe de tête se retrouve quelque peu désemparé, et ce d’autant plus que Gerbi est, lui aussi, tombé. Wattelier se présente à Guingamp à 4h10’, Soulié qui s’est trompé de chemin à 4h16’ puis Passerieu, Faber et Fleury à 4h22’, 2’ avant Petit-Breton accompagné d’un groupe de contre-attaquants.
A Saint-Brieuc, les positions ont sensiblement évolué : Wattelier et Soulié ont baissé pavillon pour laisser place à une dizaine d’hommes bien décidés à en découdre « sous une pluie diluvienne », « un vent à décorner les bœufs, des routes transformées en cloaques » (H. Desgrange «  L’Auto »).
Faber s’en donne à cœur joie dans les rampes entre Rennes et Fougères avant que Passerieu, suivi du «  Géant de Colombes », ne fasse le break dans la rude côte qui précède Mortain. Petit-Breton est rejeté à un kilomètre mais, pouce par pouce, «  L’Argentin » revient sur le duo de tête.
A Caen, Passerieu s’impose, « avec 2 kilos de boue entre les doigts de pieds et le sourire » devant Faber et Petit-Breton. Ces trois-là méritent incontestablement de figurer aux 3 premières places du général.

- Classement de l’étape

Place Coureur Temps / Ecart
1 Georges Passerieu (Fra) en 16h23’
2 François Faber (Fra)
3 Lucien Petit-Breton (Fra) t.m.t.
4 Georges Fleury (Fra) à 8’
5 Giovanni Rossignoli (Ita) à 15’
6 Paul Duboc (Fra) m.t.
7 Luigi Ganna (Ita) à 1h4’
8 Clemente Canepari (Ita)
9 Marcel Godivier (Fra) t.m.t.
10 Gustave Garrigou (Fra) à 1h53’

- Classement général

Place Coureur Temps / Ecart
1 Lucien Petit-Breton (Fra) 35 pts
2 François Faber (Fra) 66 pts
3 Georges Passerieu (Fra) 70 pts
4 Gustave Garrigou (Fra) 81 pts
5 Luigi Ganna (Ita) 107 pts
6 Georges Paulmier (Fra) 119 pts
7 Georges Fleury (Fra) 125 pts
8 Marcel Godivier (Fra) 138 pts
9 Henri Cornet (Fra) 139 pts
10 Giovanni Rossignoli (Ita) 146 pts

 

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