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Etape 11 : Montpellier - Marseille

223 km. 18 juillet 1938

- Ce n’est plus l’étape de la soif
Jadis, « l’étape de la Crau » était celle de la chaleur torride, d’un désert de cailloux bordé de noirs cyprès. Cette année, on a préféré effectuer un large crochet vers le Nord avant d’arriver au vélodrome Jean-Bouin de Marseille. La canicule a laissé la place au mistral.

- Magne sur la sellette
La course ne s’anime qu’après Salon (km 132) lorsque Berrendero et Gianello d’abord puis Neuens tentent de se détacher. Magne (8ème du général) se lance à la poursuite du Luxembourgeois sans se soucier de Goasmat, mieux placé que lui au classement (4ème). Une vingtaine d’hommes se regroupent en tête. Pas " le Farfadet de Pluvigner " qui perd 11’36’’ dans l’aventure.
Parmi ces 20 coureurs échappés, Cosson souffre d’une fringale après la montée de Gardanne, à 25 km de l’arrivée. 5ème du général, le Français aurait sans doute mérité un soutien de la part de ses coéquipiers. Ni Magne, ni Fréchaut, ni Gallien ne l’attendent. Le pauvre concède 1’50’’ sur la ligne.
L’équipe de France a-t-elle fait preuve de cohésion ? Raymond Huttier, dans le « Miroir des Sports » répond clairement par la négative : « Un peu égoïstement, Tonin voudrait s’affranchir des obligations de l’esprit d’équipe pour pouvoir poursuivre des visées personnelles. Son ambition serait de terminer premier des Français et ce titre de gloire, outre qu’il lui rapporterait quelques contrats intéressants, lui permettrait de quitter la carrière cycliste, somme toute en beauté ».
Bien des années plus tard, Antonin Magne reviendra sur le sujet à l’occasion de ses 70 ans : « Le journal « L’Humanité » m’avait proposé de donner mes impressions dans ses colonnes. J’avais d’abord refusé pour ne pas avoir d’histoires avec les organisateurs... et c’est Henri Desgrange lui-même qui m’a demandé d’accepter, sans doute pour démontrer son impartialité. Mais la tension politique était vive à l’époque et la presse de droite, dans son ensemble, me voyant collaborer à L’Humanité, ne m’a pas épargné. Il paraît que je ne me conduisais pas en bon équipier auprès de notre leader, le jeune Victor Cosson, 3ème du classement général. Je précise que ce n’était nullement l’opinion de Cosson lui-même et qu’on peut le lui demander aujourd’hui encore. » (cité dans « Une Fleur au Guidon » d’André Leducq).

- Bartali revanchard
Sans doute vexé de sa médiocre prestation lors du chrono de la veille, Gino Bartali impressionne ses adversaires en s’adjugeant le sprint de Marseille devant 18 concurrents. Non, « Gino le Pieux » ne se résume pas à un grimpeur hors pair. Ses victoires à Milan-San-Rémo en 1939, 1940, 1947 (même si cette année là le Toscan termine en solitaire) et 1950 prouveront qu’il possède une solide pointe de vitesse. Pour l’heure, il se contente de la minute de bonification qui lui permet de se rapprocher de Vervaecke au général.

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Bartali embrassé par Girardengo.
La joie est à son comble côté italien.


Classement de l’étape

Place Coureur Temps / Ecart
1 Gino Bartali (Ita) en 6h52’10’’
2 Félicien Vervaecke (Bel)
3 André Leducq (Fra)
4 Antonin Magne (Fra)
5 Vasco Bergamaschi (Ita)
6 Yvan Marie (Fra)
7 Jules Lowie (Bel)
8 Mario Vicini (Ita)
9 François Neuville (Bel)
10 Jean Fréchaut (Fra) t.m.t.


Classement général

Place Coureur Temps / Ecart
1 Félicien Vervaecke (Bel)
2 Gino Bartali (Ita) à 2’45’’
3 Edward Vissers (Bel) à 11’34’’
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