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Etape 11 : Marseille - Avignon

198 km. 18 juillet 1955

- Le Mont Ventoux plus fort que Kubler
Bien que chacun redoute l’épreuve du Mont Ventoux, les démarrages se multiplient en ce début d’étape. Notons en particulier celui de Francis Siguenza à 139 km de l’arrivée.
Un peu avant le ravitaillement de Carpentras, Kubler, Geminiani et Scodeller se portent à leur tour à l’avant, dépassent Siguenza et abordent « le Mont chauve » en tête sous un soleil de plomb.
Aussitôt, Scodeller baisse pavillon tandis que Kubler accélère. Gem le met en garde contre « ce col qui n’est pas comme les autres ». « Ferdi non plus, pas comme les autres », lui aurait répondu le suisse.
Rapidement cependant, Kubler étouffe. Le directeur sportif helvétique, Alex Burtin, l’exhorte à se ménager mais son coureur ne l’entend déjà plus. Il commence à chanceler, casquette de travers. Malgré tout, courageusement, il continue.
Une heure plus tard, sur l’autre versant, notre héros s’arrêtera pour prendre une bière avant de reprendre la route ... en sens inverse. Remis sur le droit chemin, il hurlera : « Allez-vous en. Ferdi devenu fou ». Il terminera l’étape 42ème à 26’19’’ du vainqueur, non sans être tombé à de multiples reprises.
Le lendemain, "le Champion hennissant" ne prendra pas le départ. Sa carrière dans le Tour de France vient de s’achever.

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Kubler n’en peut plus

- Bobet à l’énergie
Revenons un peu en arrière.
A 10 km du sommet du Ventoux, Louison Bobet (3ème du général à 11’33’’ de son équipier Antonin Rolland) se détache. Pas irrésistiblement, non ! En haut, il n’a que 50’’ d’avance sur Jean Brankart. Le belge aurait peut-être pu rejoindre Bobet mais il tombe par 2 fois dans la descente et c’est lui qui se fait récupérer par les italiens Astrua, Fornara et Coletto.
Pendant ce temps, Louison poursuit son effort et conserve la même avance à Avignon.
Le champion du monde a gagné, oui, mais à quel prix ?
Son frère, Jean Bobet, le retrouve quelques minutes plus tard, plongé dans l’obscurité d’une chambre d’hôtel, allongé sur son lit, épuisé, incapable de bouger. Plus grave encore, Louison lui confie qu’il est blessé à la selle, qu’il souffre le martyr, qu’il ne voit pas comment il pourra continuer...

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Bobet en plein effort

- Rolland conserve son maillot
Le maillot jaune a certes concédé du terrain mais, bien soutenu par Vitetta et Lauredi, il s’en est magnifiquement sorti : 7ème à 5’40’’. La Tunique est toujours bel et bien sur ses épaules.

- Malléjac l’a échappé belle
Jean Malléjac (France) se trouvait en compagnie d’Antonin Rolland à 10 km du sommet du Ventoux lorsqu’il a traversé la route avant de s’écrouler sur le bas-côté, dans un état semi-inconscient. Dans l’ambulance, Malléjac était victime d’une crise de delirium tremens.
Le docteur portera plainte contre x pour empoisonnement.
Le «  doping » est clairement mis en cause, non seulement vis-à-vis du breton mais également à l’encontre de nombreux autres coureurs. Nicolas Frantz, le directeur sportif de Charly Gaul, parlera d’une «  tentative d’assassinat » pour évoquer la «  crise de foie » qui a perturbé le champion luxembourgeois lors de cette étape (13ème à 5’59’’).

Classement de l’étape

Place Coureur Temps / Ecart
1 Louis Bobet (Fra) en 5h42’32’’
2 Jean Brankart (Bel) à 49’’
3 Pasquale Fornara (Ita) à 55’’
4 Agostino Coletto (Ita) m.t.
5 Giancarlo Astrua (Ita) à 1’
6 Wout Wagtmans (PB) à 5’40’’
7 Antonin Rolland (Fra)
8 Vincent Vitetta (Fra) t.m.t.
9 Jan Nolten (PB) à 5’59’’
10 Raphaël Geminiani (Fra) m.t.


Classement général

Place Coureur Temps / Ecart
1 Antonin Rolland (Fra) en 69h33’1’’
2 Louis Bobet (Fra) à 4’53’’
3 Pasquale Fornara (Ita) à 6’18’’
4 Jean Brankart (Bel) à 10’44’’
5 Charly Gaul (Lux) à 12’12’’
6 Giancarlo Astrua (Ita) à 12’44’’
7 Vincent Vitetta (Fra) à 13’56’’
8 Raphaël Geminiani (Fra) à 19’19’’
9 Maurice Quentin (Fra) à 29’7’’
10 Wim Van Est (PB) à 36’55’’
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