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Etape 3 : Cherbourg - Brest

405 km. 26 juin 1924

-  « Les forçats de la route » (Albert Londres)
Depuis quelque temps, Henri Pélissier a pris l’habitude d’enfiler 2 maillots pour mieux se défendre du froid lors des longues randonnées nocturnes avant d’en jeter un lorsque le soleil fait son apparition. Rien de bien répréhensible, me direz-vous, sauf que le règlement stipule qu’en course, il est interdit de se débarrasser de quoi que ce soit !
Et, sur la ligne de départ à Cherbourg, un commissaire zélé fait mine de vérifier le nombre de vêtements que porte le dernier vainqueur en date du Tour. Le geste de trop pour Pélissier qui, rappelons-le, n’avait guère envie de participer à l’épreuve. Celui-ci apostrophe immédiatement Henri Desgrange, le directeur de l’épreuve, et lui annonce son intention d’abandonner. Quelques propos sont échangés puis « La Ficelle » prend le départ de l’étape. Chacun pense que l’incident est clos. Il n’en est rien. Henri, son frère Francis et Maurice Ville (2ème des 2 premières étapes) se retirent à Coutances (km 76) où le journaliste du « Petit Parisien », Albert Londres les rejoint au café de la Gare. Le lendemain, sort un article retentissant intitulé « Les Forçats de la Route ». Pélissier se lâche : « Vous n’avez pas idée de ce qu’est le Tour de France, dit Henri, c’est un calvaire...Nous souffrons sur la route, mais voulez-vous voir comment nous marchons ? Tenez...
De son sac, il sort une fiole : ça, c’est de la cocaïne pour les yeux, et ça du chloroforme pour les gencives...et des pilules, vous voulez voir des pilules ? Ils en sortent 3 boites chacun. Bref, dit Francis nous marchons à la dynamite. Henri reprend : Vous ne nous avez pas encore vus au bain à l’arrivée ? Payez-vous cette séance. La boue ôtée, nous sommes blancs comme des suaires. La diarrhée nous vide. On tourne de l’œil dans l’eau. Le soir dans notre chambre, on danse la gigue comme tout au lieu de dormir. Regardez nos lacets : ils sont en cuir. Eh bien ils ne tiennent pas toujours, ils se rompent ; et c’est du cuir tanné, du moins je le suppose.. Pensez ce que devient notre peau. Quand nous descendons de machine, on passe à travers nos chaussettes, à travers nos culottes, plus rien ne tient au corps... Et vous n’avez rien vu, attendez les Pyrénées. C’est le hard-labour. Tout ça, nous l’encaissons. Ce que nous ne ferions pas faire à des mulets, nous le faisons. On n’est pas des fainéants ; mais au nom de Dieu, qu’on ne nous embête pas. Nous acceptons le tourment, mais nous ne voulons pas de vexations. Je m’appelle Pélissier et non Azor !
 »

-  2 vainqueurs d’étape
24 coureurs arrivent ensemble au vélodrome du Kerabécam à Brest où l’on procède par élimination. A chaque tour de piste, à l’annonce du speaker, le dernier doit descendre de sa machine mais il arrive souvent qu’il n’entende rien et qu’il continue. Imaginez la pagaille ! La confusion est telle que Thys et Beeckman sont déclarés vainqueur d’étape. Ce qui permet, grâce à la bonification de 3’, à Théophile Beeckman de rejoindre Ottavio Bottecchia en tête du général.

Classement de l’étape

Place Coureur Temps / Ecart
1 Philippe Thys (Bel) en 15h44’
1 Théophile Beeckman (Bel)
3 Raymond Englebert (Bel)
4 Romain Bellenger (Fra)
5 Arsène Alancourt (Fra)
6 Ottavio Bottecchia (Ita)
7 Nicolas Frantz (Lux)
8 Georges Cuvelier (Fra)
9 Léon Scieur (Bel)
10 Jean Alavoine (Fra) t.m.t.


Classement général

Place Coureur Temps / Ecart
1 Ottavio Bottecchia (Ita) en 45h19’9’’
2 Théophile Beeckman (Bel) m.t.
3 Nicolas Frantz (Lux) à 2’36’’
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