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Etape 4 : Belfort - Lyon

309 km. 11 juillet 1909

- Faber se balade
Vainqueur des 2 précédentes étapes sous des conditions atmosphériques épouvantables, François Faber survole, aujourd’hui encore, l’épreuve. Alors que le climat s’est légèrement amélioré, il est parti ce matin, à quelques 260 km du terme, emmenant avec lui Constant Ménager. Le « Géant de Colombes » a eu, envers son accompagnateur, pour reprendre les mots d’Henri Desgrange, « des attentions de nounou et de bonne d’enfant ». «  Il a d’abord mené tout le temps ; puis, comme Ménager n’avait pas trouvé ce qu’il désirait aux contrôles de Poligny et de Lons-le-Saulnier, François Faber le nourrit et partagea avec lui. Et chaque fois que le colosse ouvrait sa sacoche pour y prendre quelques victuailles, alors Ménager, tout petit, se dégageait venant à la hauteur de Faber, lui demandait quelque chose et la patte énorme de Faber s’allongeait et venait placer une fiole ou une côtelette dans celle de Ménager avec des attentions de chatte qui soigne ses petits » («  L’Auto »).
Malgré cela, Ménager s’est retrouvé, à Bourg, victime d’un début de fringale. Il a préféré quitter Faber et se ravitailler solidement pour terminer 2ème de l’étape. Il restait 60 km que le Luxembourgeois a abattu à plus de 30 km/h de moyenne, et ce en toute décontraction : « Il lança des baisers aux jolies filles accoudées aux fenêtres. Il prit le menton à celles qu’il croisait sur la chaussée, enleva leur casquette aux cyclistes qui s’obstinaient à le côtoyer, lança des mots, fit des lazzis, nous regarda de ses petits yeux malins, nous prit à témoin de sa bonne humeur » ("L’Auto").

-  2 derniers kilomètres plus difficiles
A l’entrée de Lyon, «  un véritable cyclone de pluie et de grêle » s’abat sur la ville. Le colosse doit courber l’échine jusqu’à ce que sa chaîne casse. Il lui faut alors charger sa bicyclette sur l’épaule pour finir l’étape en courant sous les acclamations de la foule. Un exercice que ne semble guère apprécier l’ancien docker : « Très peu de « pédestromanie ». Ah que c’est dur ! Mince alors, vous me bifferez pour c’truc là, j’en pince pas », confie-t-il à Robert Desmarets quelques instants plus tard.

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Les derniers mètres de Faber avant qu’il ne s’impose pour la 3ème fois consécutive.

-  Lapize et Trousselier se font gronder
Derrière, la débandade continue. Christophe (3ème du général ce matin) est tombé, s’est blessé à la jambe avant de se classer 9ème de l’étape. Le coureur reçoit les félicitations du directeur de l’épreuve.
Pas Lapize ni Trousselier (46 et 47èmes de l’étape à 6h48’). Le premier a déclaré, selon Desgrange, « qu’il ferait la course en quasi touriste, tant que le temps ne serait pas devenu beau ». La réponse ne se fait pas attendre : « Vous avez été nettement battu par Faber dans Roubaix-Metz et vous avez renoncé à la lutte depuis ce moment-là. Vous avez eu tort. D’abord, parce qu’il n’est jamais déshonorant d’être battu, ensuite parce que l’on doit toujours lutter jusqu’au bout et enfin parce que vous n’aurez rien prouvé lorsque, dans le Midi, après vous être reposé pendant plusieurs étapes, vous ferez quelques étapes brillantes. (…) Et puis, en dépit de vos brillants succès d’amateurs et de votre très beau Paris-Roubaix, vous avez encore presque tout à apprendre de votre métier de professionnel routier, et le meilleur moyen, voyez-vous, que le métier entre, c’est de ne reculer devant aucune difficulté ».
« Trou-trou » lui aussi se fait remonter les bretelles : «  Lapize a pour excuse qu’il n’est pas encore du métier, tandis que Trousselier commence à en être trop ! Voici plus d’un an que Trousselier attend qu’il fasse chaud ; depuis sa dernière victoire dans Bordeaux-Paris. Dans le Tour de France cette année, il n’a pas existé un instant, et je vois poindre le moment pour lui où il devra prendre sa retraite, s’il ne veut pas que les maisons de cycles ne la lui imposent malgré lui. Je crois qu’il peut encore bien faire, à condition qu’il veuille bien changer l’ancien Trousselier pour un nouveau, sage, posé, sérieux, bon camarade, sachant se plier au règlement. »

-  Classement de l’étape

Place Coureur Temps / Ecart
1 François Faber (Lux) en 10h44’
2 Constant Ménager (Fra) à 10’
3 Gustave Garrigou (Fra) à 25’
4 Jean Alavoine (Fra) à 28’
5 Cyriel Van Houwaert (Bel) à 35’
6 Paul Duboc (Fra) m.t.
7 Ernest Paul (Fra) à 1h8’
8 Georges Fleury (Fra) à 1h15’
9 Eugène Christophe (Fra) à 1h33’
10 Julien Maitron (Fra) à 1h44’

- Classement général

Place Coureur Temps / Ecart
1 François Faber (Lux) 5 pts
2 Gustave Garrigou (Fra) 17 pts
3 Cyriel Van Houwaert (Bel) 21 pts
4 Eugène Christophe (Fra) 24 pts
5 Constant Ménager (Fra) 28 pts
6 Ernest Paul (Fra) 32 pts
7 Paul Duboc (Fra) 36 pts
8 Jean Alavoine (Fra) 42 pts
9 Charles Cruchon (Fra) 51 pts
10 Augustin Ringeval (Fra) 71 pts

 

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